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Secret de la confession : appliquer avec rigueur ce que l'on défend avec véhémence

  • Photo du rédacteur: Clément Barré
    Clément Barré
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

Ceci est le texte original de la tribune parue dans La Croix avec quelques modifications éditoriale le 02/06 : https://www.la-croix.com/a-vif/secret-de-la-confession-qu-on-commence-par-appliquer-avec-rigueur-ce-quon-defend-avec-vehemence-20260602?fbclid=IwY2xjawSLjrRleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEeZDeWROvdGBNAr4KcqU2xReIeW8sQeVO8tXDe2v1fL05mldn6ZvSoigWmwtU_aem_tKiIQyQFDgT_szJj2VyGUw La proposition de loi Spillebout, visant à prévenir les violences en milieu scolaire, dans la foulée du scandale Bétharram, a provoqué une mobilisation importante des milieux catholiques, mettant en cause son article 9 qui prévoit pour les ministres du culte l’obligation de dénoncer les crimes dont ils auraient eu connaissance dans le cadre de la confession, violant ainsi le secret sacramentel. On comprend l’indignation.


Posons d'abord les faits. Le texte repose sur une prémisse très contestable : que les agresseurs sexuels se confesseraient régulièrement de leurs crimes et instrumentalisent le secret pour se protéger. Bien que cela soit le scénario de l’excellent film « La loi du Silence » d’Alfred Hitchcock. Cela ne correspond pas à la réalité. En ce sens, la loi vise un problème largement imaginaire. Elle est inutile.


Mais qu'elle soit inutile ne règle pas la question de fond. Car si ce texte peut s'en prendre au secret de la confession, ce n'est pas seulement par idéologie laïcarde. C'est aussi parce que l'Église manifeste une difficulté à appliquer sa propre discipline.


Qu'on se souvienne du dernier conclave. Des cardinaux électeurs, liés par serment solennel au secret absolu sous peine d'excommunication Laetae Sententiae. A peine sorti de la Sixtine, ils racontaient déjà devant les caméras les tractations, les votes, les échanges. Nul rappel à l'ordre public. Aucune sanction. Aucun communiqué épiscopal indigné. Le secret sacré peut donc être rompu sans conséquence par ceux-là mêmes qui en seraient les premiers gardiens. Quelle crédibilité accorder, dès lors, à l'invocation solennelle du sceau sacramentel ?


Plus quotidien encore : imaginons un prêtre qui, après une soirée de confessions de jeunes, décide de consacrer sa prochaine homélie à la vie affective et sexuelle, signifiant ainsi, à qui veut l'entendre, ce qu'il a recueilli sous le sceau. Ou qui illustre sa prédication d'un exemple anonymisé, mais suffisamment reconnaissable par les intéressés. Ces situations, tout confesseur honnête, moi compris, admettra qu'elles peuvent arriver. Si l’intention n’est pas mauvaise et que le secret n'est pas violé dans sa lettre, il l'est dans son esprit, et tout le monde le sait.


La Pénitencerie apostolique, dans une note de 2019, rappelait les exigences du secret. Le prêtre entend les péchés non ut homo, sed ut Deus, selon la formule de Thomas d’Aquin. C’est à dire non en tant qu'homme, mais en tant que Dieu. Formule scandaleuse si on s’imagine qu’elle pèse sur les épaules du pénitent, le prêtre se prendrait-il pour Dieu ? Mais c'est précisément l'inverse. Cette formule exige du prêtre un effacement complet et une chasteté totale par rapport à ce qu’il a entendu. Parce que c'est Dieu qui agit réellement dans le sacrement, et non le prêtre en son propre nom, ce dernier ne possède pas ce qu'il a entendu :  il ne doit pas le retenir, ne pas l'utiliser, ne pas le laisser altérer ni sa pastorale, ni son regard, ni ses décisions. La note ajoute même : « Le confesseur pourrait même « jurer », sans aucun préjudice pour sa conscience, « ne pas savoir » ce qu’il sait seulement en tant que ministre de Dieu. » 


Enfin, le texte de la pénitencerie apostolique insiste pour dire que le sceau lie le prêtre non seulement extérieurement, mais intérieurement : il lui est interdit de se souvenir volontairement de ce qu'il a entendu, et il est tenu d'écarter tout souvenir involontaire. La confession n'est pas seulement un secret à garder : c'est une mémoire à effacer. Doctrine claire, mais dans la pratique ?


Car le texte rappelle que le sceau sacramentel doit être défendu, « si nécessaire jusqu'à l'effusion de sang », c’est un témoignage rendu au Christ qui seul pardonne les péchés. Ce n'est pas une formule rhétorique. Si demain la loi changeait, les prêtres seraient tenus d'en assumer jusqu'au bout les conséquences civiles, et de se taire quand même. Mais pour nous, prêtres, ce n'est pas d’abord une position à défendre dans le débat public. C'est une pratique à vivre, à enseigner, et à corriger quand elle est violée.


Cette suggestion de proposition de loi est mauvaise et inutile, elle viole la liberté religieuse et témoigne d’une incompréhension de ce qu’est réellement la confession. Mais la réponse catholique ne sera convaincante que si elle s'accompagne, pour moi et pour nous tous, d'un examen de conscience honnête : que nous commencions par appliquer avec rigueur ce que nous défendons avec véhémence.

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