Référence des textes : Si 27, 4-7 ; Ps 91 ; 1Co 15, 54-58 ; Lc 6, 39-45
Peut-être vivez-vous très loin de ce phénomène car il impact moins les générations plus âgées, mais pour les plus jeunes, internet et les réseaux sociaux modifient profondément le rapport à la religion. Par exemple, on observe depuis quelques mois sur le réseau social Tiktok (un réseau de partage de courte vidéo) une nouvelle tendance qui se développe parmi des jeunes chrétiens, notamment originaire de banlieue et vivant au contact de l’islam. Ce sont des courtes vidéos mettant en scène des jeunes qui se rappellent des points très concrets de la pratique ou de la morale chrétienne qui ont été parfois oubliés où sont tombés en désuétude.
Ainsi une vidéo de la chaîne “porta fidei” (porte de la foi) a récemment agité les réseaux sociaux : dans cette vidéo on voit des jeunes se rendant au McDonald et alors que l’un s’apprête à passer commande, l’autre l’arrête et lui rappelle que, puisque c'est vendredi, ils doivent commander le burger au poisson car l’église demande que l’on fasse abstinence de viande ce jour-là. La vidéo cite même le canon 1251 qui dispose que “l’abstinence de viande sera observée chaque vendredi de l’année”.
Je vous passe les diverses polémiques suscitées par cette vidéo. Certain y voit un signe de la prédominance culturelle de l’Islam, qui est une religion de l’observance, dans certain milieu qui ne serait pas pour rien dans cette recherche nouvelle d’une forme d’orthopraxie parmi des jeunes. Certains le déplorent, d’autres s’en réjouissent, mais quoi qu’il en soit c’est un fait qu’il faut prendre en compte et accompagner. Parmi les jeunes, quelques soit leurs milieux sociaux d’origines, il y a une demande pour une religion avec des normes claires et observables qui organisent simplement sa relation à la transcendance.
Si cette demande est légitime par un certain nombre d'aspect, il faut toutefois noter que Jésus nous met en garde contre cela. Nous voyons dans les textes du jour que le regard de Dieu ne s’intéresse pas à l’extérieur, aux actions du dehors. Le regard de Dieu pénètre jusqu’au plus profond des cœurs. Dieu s’intéresse à ce qu’il y a dans les profondeurs du cœur de l’homme. Parce qu’il ne veut pas simplement changer notre manière d’agir à l’extérieur, il n’est pas le garant d’un ordre moral. Il veut convertir ce qu’il y a de plus profond en nous. Il ne veut pas traquer le péché dans nos actes, il veut l’arracher de nos âmes.
Bien sûr, les deux ne sont pas sans liens. Et puisque nous sommes des êtres incarnés, nous savons que c’est en forgeant que l’on devient forgeron, que c’est à force d’actes bons que le bien prend racine en nous et chasse le mal. C’est la logique de la vertu. Mais il faut inlassablement répéter que notre foi n’est pas d’abord une morale. Pourquoi ? Parce que nous croyons que c’est Dieu qui a l’initiative de notre croissance et de notre conversion, que c’est Son œuvre qui est première dans nos vies.
Donc, notre vie religieuse ne consiste pas d’abord à poser des actes cultuelle ou moraux mais plutôt à nous laisser transformer par la grâce dans ce que nous avons de plus profond, et c’est cela qui nous conduit à poser des actes cultuelle ou moraux vraiment bon. C’est la logique du yaourt Activia : Actif à l’intérieur et ça se voit à l’extérieur. C'est la grâce à l’œuvre en nous qui nous arrache à la puissance de la mort et par nos œuvres nous fait porter de bons fruits.
Il faut d’ailleurs revenir un instant sur ces bons fruits, car cela a parfois été mal compris ou mal utilisé. Il ne faut pas oublier que dans la bouche du Christ, ces bons fruits ne peuvent être bon qu’à la manière de la folie de Dieu qui confond la sagesse des hommes par la puissance de la croix. Il ne s’agit en aucun cas de bon fruit à la manière du monde : richesse, succès, effectifs pléthoriques etc... Ainsi dans l’Eglise ont a justifié le silence sur les abus qui se commettaient dans certaines communautés par leurs succès et le nombre de leurs vocations en reprenant l’argument des bons fruits (ils ne peuvent pas être mauvais puisque Dieu leur donne plein de vocations...) pendant que des horreurs étaient commise dans le secret de ces communautés. Encore une fois, ce que regarde Dieu ce n’est pas l’extérieur mais ce qu’il y a au plus profond du cœur. Si les effectifs étaient un gage de sainteté alors l’armée rouge serait l’institution la plus sainte de l’histoire. Les bons fruits ce sont d’abord les fruits de l’Esprit : Amour, allégresse, bonté, bienveillance, paix, patience, tempérance, douceur et fidélité (Ga 6). Voilà les bons fruits que nous sommes appelés à porter en nous laissant transformer par Dieu.
La vraie question, celle qui intéresse Dieu c’est ce qu’il y a dans les profondeurs, dans le secret, dans ce qui n’appartient qu’à nous et que nous ne montrons qu’à nous même. “Ton Père voit ce que tu fais dans le secret”. Le risque est toujours grand dans notre vie spirituelle de vivre à l’extérieur de nous-même, de poser des actes devant les hommes mais de ne pas nous laisser bouleverser en profondeur par la grâce de Dieu. C’est pourquoi je voudrais simplement vous laisser avec cette question pour nourrir notre méditation et peut être commencer à réfléchir à ce que sera notre carême qui commence mercredi :
Qui suis-je quand je suis seul ? Quand je n’ai plus le regard de ma famille, de mes proches, de mes collègues, de mon curé ? Quand je suis seul avec moi-même et avec Dieu ? Quelqu’un qui me connaît serait-il surpris s’il voyait ce qu’il y a dans les profondeurs de mon cœur ?
Voilà de quoi nous aider à préparer notre carême, puisque nous allons dans ces jours choisir les efforts que nous ferons dans ces semaines de pénitence, n’oublions pas de viser l’intérieur, les profondeurs de nos âmes, ne nous arrêtons pas à l’extérieur mais invitons Dieu à toucher ce qu’il y a de plus profond en nous et à le convertir.
AMEN
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