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Quel messie pour nous sauver? - homélie du 1er dimanche de carême année C

Photo du rédacteur: Clément BarréClément Barré

Référence des textes : Dt 26, 4-10 ; Ps 90 (91) ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4, 1-13


On commente souvent ce passage de l’évangile en montrant comment le Christ, dans ses tentations, est confronté à trois convoitises qui répondent en miroir aux trois "efforts" auquel nous invite l’évangile du mercredi des Cendres (Mt 6, 1-6.16-18). La tentation du pain, c’est la tentation de la satisfaction immédiate de nos désirs : on y répond par le jeûne qui creuse en nous l’attente et le désir. La tentation des royaumes, c’est celle de l’idolâtrie du pouvoir : on y répond par la prière qui nous tourne vers le seul vrai Dieu et le seul maître. La tentation du temple, c’est celle de la gloire devant les hommes : on y répond par l’aumône qui nous conduit à nous déposséder de nos richesses et à mettre notre gloire dans nos pauvretés.


Toutefois d’autres lectures sont possibles, et je voudrais m’inspirer de celle que fait Josef Ratzinger, dans son livre Jésus de Nazareth (qui, soit dit en passant, est une excellente lecture de carême !). Son idée est que dans les tentations au désert, Jésus est confronté à trois images fausses de sa messianité, de sa mission de Fils. Images qu’il doit écarter pour embrasser ce qui sera la véritable figure de la messianité du Christ : le serviteur souffrant. En se confrontant à ces fausses images de sa mission, il nous permet à nous aussi de les repousser, de ne pas succomber à ces idoles qui veulent se revêtir de la face du Christ mais qui ne sont que des contrefaçons.

La première de ces contrefaçons, c’est le messie distributeur de pain. Un messie qui se fait reconnaître parce qu’il est celui qui satisfait à tous les désirs de la foule et qui règle tous ses problèmes. Pour nous, c’est la tentation du Dieu Superman, celui qui s’assure que nous ne soyons confrontés à rien de trop dur ou de trop méchant, mais qui finalement en est réduit à être l’objet de nos petits caprices. "Seigneur, fais ceci, Seigneur, fais cela !" Mais l’homme se nourrit d’abord des paroles qui sortent de la bouche de Dieu. Cesse de quémander et mets-toi à écouter sa parole ! Voici aussi un axe pour notre carême : simplifier notre prière, la dépouiller de ses nombreuses demandes pas toujours ajustées, et se mettre à l’écoute de la Parole en répétant inlassablement "Seigneur, non pas ma volonté, mais la tienne".


La deuxième contrefaçon, celle des royaumes de la terre, c’est le messianisme politique. Un peu à la manière de ce que les disciples pouvaient imaginer. Une royauté temporelle du Christ qui instaurerait enfin l’ordre juste et chrétien. C’est la tentation de l’idolâtrie du temporel qui nous guette quand nous limitons la foi chrétienne à un principe civilisateur, une culture, des valeurs… Nous oublions alors qui est le véritable Prince de ce monde, et que nous sommes des sujets de l’unique Roi des cieux. Que c’est à son royaume à Lui que nous appartenons, et que nous n’adorons rien de ce qui se trouve sur cette terre.

La troisième contrefaçon, c’est celle d’un messie qui s’impose par le sensationnalisme et les signes prodigieux. Celle que les pharisiens ne cesseront de raviver en demandant en permanence des signes. Le messie qui impose plus qu’il n’invite, qui ordonne plus qu’il n’appelle. Celui en face duquel il n’y a pas de liberté parce qu’il n’y a pas d’espace pour s’interroger, et donc celui qui vient pour asservir et non pour libérer. C’est aussi cette tentation latente qu’on peut trouver derrière une recherche du sensationnalisme, de la religion du merveilleux. Nous aimerions être libérés du risque de la foi, avoir sans cesse des confirmations sensibles. Mais aussi une relation au Christ d’où seraient exclus le désir, la recherche, le questionnement…


Finalement, le point commun de ces tentations, c’est celle de l’instrumentalisation de Dieu. Dieu outil que je mets au service de mes désirs, de mes idéologies ou de mes névroses. Dieu que j’aime pour moi, plutôt que de l’aimer pour lui. Dieu que je veux soumettre à ma vision, à mes idées, plutôt que de me laisser transformer, bouleverser par lui. Dieu que je veux posséder plutôt que de me laisser posséder, Dieu à qui je veux commander plutôt que de lui obéir, Dieu que je veux utiliser plutôt que de l’aimer. 

Le cœur du carême, ce n’est pas de purifier notre corps ou de maîtriser notre comportement, c’est de convertir ma relation à Dieu. Tous mes efforts doivent tendre vers cela : mieux aimer Dieu et mieux le servir. Le temps du carême est un temps pour nous disposer à recevoir le Christ tel qu’il vient à nous des Rameaux jusqu’à Pâques : messie glorieux et souffrant, Fils de Dieu qui invite les hommes à marcher à sa suite jusqu’à la croix, rédempteur miséricordieux qui nous fait entrer dans le royaume des cieux. Profitons de ce temps de carême pour mettre à bas nos idoles, et rejeter nos fausses images du Christ. Ainsi, nous ne le manquerons pas quand il viendra nous sauver.

 
 
 

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