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"Et si on parlait de la mort" - Homélie du 18ème dimanche du temps ordinaire

  • Photo du rédacteur: Clément Barré
    Clément Barré
  • 30 juil. 2022
  • 5 min de lecture

Références des textes : Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc ; Col 3, 1-5.9-11 ; Lc 12, 13-21


Chers frères et sœurs,

Je sais que cela risque de gâcher l’ambiance mais les textes du jour m’entraînent à vous poser une question, particulièrement au plus jeunes d’entre vous qui êtes dans la pleine force de l’âge : combien de fois par jour pensez-vous à la mort ?


Il y a quelques années, je célébrai les obsèques d’une dame, morte de sa belle mort à un âge avancé entouré d’une famille unie et aimante. Le scénario idéal. Je fus frappé de voir que pendant la célébration les enfants de cette personne étaient inconsolables. Pourtant le décès de leur maman était prévisible et dans l’ordre des choses, ils avaient eu le temps de s’y préparer et de l’accompagner. Mais ayant toujours ignoré la mort, ils furent rattrapés par la réalité dans toute sa violence.

Nous préférons ignorer cette réalité mais la mort est la certitude la plus absolue de toute nos vie humaine. Dans l’art et la littérature médiévale, on retrouve un motif assez répandu que l’on appelle le « dit des trois morts et des trois vifs » ; c’est l’histoire de trois jeunes gens trop attachés aux plaisir de l’existences qui rencontrent trois squelettes sur le chemin et ces morts interpellent vivement les jeunes gens en leur disant « nous fûmes ce que vous êtes, vous serez ce que nous sommes »


Les progrès de la médecine et la frénésie du divertissement nous ont conduit à évacuer la mort du champs de notre existence, à l’ignorer à repousser cette question le plus loin possible. Allant même jusqu’à nous vendre le mythe de l’euthanasie, littéralement « la bonne mort » c’est-à-dire celle qui embête le moins possible les vivants. Mais toute vie sur cette terre doit finir. Nos existence sont fragiles, éphémères, vanités dit le Qoeleth, en hébreux hevel : ce qui se traduit littéralement par buée. Elles passent et dans un souffle disparaissent.


Et pourtant, la plupart des hommes vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir. Amassant richesses et trésor telle des dragons dans leurs cavernes, luttant becs et ongle pour un peu plus de pouvoir, un peu plus de glorioles, dilapidant le précieux temps qui leur est donné dans de vain divertissements et une quête effréné du plaisir.


Pour nous il ne peut en être ainsi, Saint Paul nous le rappel fermement : « Frères, si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »

Il nous faut le dire et le répéter clairement et sans cesse frères et sœurs, nos vie terrestres n’ont aucun autre but, aucun autre sens que de nous préparer à mourir. C’est-à-dire nous préparer à entrer dans cette vie qui vient et qui nous est donnée par le Christ. Notre vie terrestre nous est donnée en vue de notre vie éternelle. Le but de notre vie c’est Dieu et Dieu seul, et pour vivre en plénitude avec lui il nous faut d’abord mourir. La foi catholique est moins une aide pour bien vivre, que pour bien mourir.


La modernité philosophique et politique a beaucoup critiqué le discours chrétien sur la mort. Pour Marx, la religion qualifié « d’opium du peuple » est un outil de contrôle sociale de la classe dominante. En promettant la béatitude aux pauvres qui après leurs morts entreront en possession d’un hypothétique royaume des cieux, la classe dominante anesthésie les velléité de contestation sociale. La religion distille l’idée qu’il ne sert à rien de se battre pour plus de justice, car la justice sera rendue dans l’autre monde.


Trop souvent, nous nous sommes laissé entrainer par cette critique et nous avons effacé de nos enseignements tout ce qui touche à la destiné ultime de l’âme pour ne parler que de solidarité, de lutte contre la précarité ou d’écologie. A l’image de l’homme qui interpelle Jésus au début de l’évangile, nous ne voyons en lui que le messager d’une sagesse humaine, l’instaurateur d’un nouvel ordre terrestre juste. Mais lui refuse cela : « qui m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partage ? ».


Le message du Christ ne concerne pas l’ordre de ce monde, si nous le réduisons à cela alors nous tombons dans la même déviance que les disciples qui espérait un libérateur politique. Ces sujets de justice sociale ou d’écologie ont leur importance, bien sûr, mais ils ne doivent pas nous faire perdre de vue que le véritable, l’unique combat que chaque chrétien doit mener est le combat pour le salut de son âme. C’est la vérité la plus profonde de notre foi : Dieu à tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils pour que par lui tous les hommes soient sauvés… alors que servirait à l’homme de gagner le monde, s’il venait à perdre son âme.


Je crois qu’il est urgent frères et sœurs de reparler de la mort, de reparler du paradis et de l’enfer. Il faut que nous revenions à cette réalité fondamentale du combat spirituelle et du Salut offert par le Christ. Tout le reste n’est que Vanité ! Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour nous sauver de la mort éternelle. C’est cela que nous devons transmettre à nos enfant pour qu’ils aient la vie en plénitude. C’est cela que nous devons annoncer aux hommes pour que pas un ne se perde mais que tous soient sauvés. Si l’Eglise n’annonce pas cela alors elle est réduite à être un groupe de pression parmi tant d’autre, un lobby vaguement humaniste.


Chers frères et sœurs, nous fêtons aujourd’hui St Ignace de Loyola, et je voudrais conclure en vous lisant un cours texte de sa plumes car il nous dit en quelques mot ce que nous ne devrions jamais perdre de vue : L’homme est créé pour Dieu, est tout le reste doit être considéré par rapport à cette finalité ultime, selon si elle m’approche de Dieu ou m’en éloigne. Ce texte s’appelle principe et fondement, il est le texte introductif aux exercices spirituels de Saint Ignace.


Principe et Fondement


L’homme est créé

pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur

et par là sauver son âme,

et les autres choses sur la face de la terre

sont créées pour l’homme,

et pour l’aider dans la poursuite de la fin

pour laquelle il est créé.


D’où il suit que l’homme doit user de ces choses

dans la mesure où elles l’aident pour sa fin

et qu’il doit s’en dégager

dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin


Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents

à toutes les choses créées,

en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre

et qui ne lui est pas défendu ;


de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part,

davantage la santé que la maladie,

la richesse que la pauvreté,

l’honneur que le déshonneur,

une vie longue qu’une vie courte

et ainsi de suite pour tout le reste,


mais que nous désirions et choisissions uniquement

ce qui nous conduit davantage

à la fin pour laquelle nous sommes créés.

Amen

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